COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 

Paris, le 8 Décembre 2016,

LES RESULTATS DE L’ETUDE « ELFE » CONFIRMENT UNE CONTAMINATION GENERALE DES FEMMES ENCEINTES AUX PERTURBATEURS ENDOCRINIENS

NON LES PERTURBATEURS ENDOCRINIENS NE SONT PAS DES SUBSTANCES CHIMIQUES COMME LES AUTRES

LA COMMUNICATION RASSURANTE DE SANTE PUBLIQUE FRANCE NE CORRESPOND PAS A L’ETAT DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES ACTUELLES SUR LES PERTURBATEURS ENDOCRINIENS TEL QU’IL A ETE RAPPELE PAR LA SOCIETE INTERNATIONALE D’ENDOCRINOLOGIE.

L’agence Santé Publique France vient de rendre publics les résultats de l’étude ELFE concernant l’exposition de la femme enceinte aux polluants organiques. Il s’agit principalement de substances chimiques considérées comme des perturbateurs endocriniens : bisphénol A, phtalates, polybromés, dioxines, perfluorés, certains pesticides…Cette étude menée auprès de 4145 femmes enceintes ayant accouché en 2011 fournit donc une très bonne estimation de la contamination de l’ensemble de la population.

Bien que cette étude révèle une contamination quasi-générale correspondant aux niveaux induisant des effets sur la santé, la communication de l’agence Santé Publique France se veut volontairement rassurante en s‘appuyant   sur 2 points :

  • Les concentrations mesurées sont « globalement inférieures à celles observées dans les études antérieures françaises et étrangères »
  • « La présence de ces polluants dans l’organisme de la mère n’implique pas nécessairement d’effet néfaste pour sa santé ou celle de l’enfant »

« Cette conclusion ne correspond pas à l’état des connaissances scientifiques d’aujourd’hui, affirme André Cicolella, président du Réseau Environnement Santé, à l’origine de l’interdiction du bisphénol A dans les biberons et les contenants alimentaires , car les Perturbateurs Endocriniens ne sont pas  des substances chimiques comme les autres».

C’est aussi ce qu’a rappelé la pétition « Halte à la manipulation de la science » signée la semaine passée par 100 scientifiques mettant en cause la Commission Européenne qui cherchait à les banaliser. Le changement de paradigme des Perturbateurs endocriniens tel qu’il a été rappelé par la Société internationale d’Endocrinologie en octobre 2015 affirme en effet que « Les PE agissent selon une relation dose-réponse non linéaire, avec des effets à faibles doses principalement pendant la phase de développement”.

Outre que “La période de la grossesse est la période critique”, cette déclaration rappelle les graves conséquences de cette exposition sur la santé de l’enfant et du futur adulte : “  Il y a un fort niveau de preuve au plan mécanistique et expérimental chez l’animal, et épidémiologique chez l’humain, notamment pour les effets suivants : obésité et   diabète, reproduction  chez la femme et l’homme, cancers hormono-dépendants chez la femme, cancer de la prostate,  effets thyroïdiens,  neurodéveloppementaux et  neuroendocriniens. “

La déclaration considère que “les principaux PE sont le bisphénol A, les phtalates, les pesticides, les polluants organiques persistants tels que PCB, polybromés et dioxines “ , c’est-à-dire les substances retrouvées dans l’étude française.

L’exemple du Bisphénol A apporte la démonstration concrète que Santé Publique France est en contradiction avec ces avis.  Le BPA est retrouvé chez 74 % des femmes enceintes dans l’étude française. La moyenne est de 0,69 µg/l , mais pour 5 % des femmes le niveau est supérieur à 5,28 µg/l.

S’agissant des études expérimentales, la déclaration de Chapel Hill en 2006 résumait les effets sanitaires liés au BPA surtout après exposition pendant la grossesse: “cancer du sein, cancer de la prostate, diabète de type 2 et obésité, atteinte de la reproduction (abaissement de l’âge de la puberté), problèmes neuro-comportementaux…. ”.  Ceux-ci peuvent  survenir à des niveaux correspondant aux niveaux mesurés en France.

S’agissant des effets chez l’adulte, les études menées aux Etats Unis par l’agence fédérale américaine CDC à partir des résultats de l’enquête NHANES (cette étude a servi de modèle à l’étude française ELFE) montrent que ce niveau de contamination correspond par rapport au groupe le moins contaminé à une multiplication par 4 du taux d’artériopathie , par 3 du taux de diabète, par 2 du taux d’obésité,  d’hypertension, et de syndrome métabolique.

« Jamais l’humanité n’a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal : cancers du sein, du testicule, de l’ovaire ou de la prostate, troubles du développement du cerveau, diabète, obésité, non-descente des testicules à la naissance, malformations du pénis et détérioration de la qualité spermatique » comme l’ont rappelé les scientifiques qui ont signé la pétition « Halte à la manipulation de la science. »  « Il est urgent d’agir sur les causes identifiées comme les principaux Perturbateurs Endocriniens, comme le recommande la Stratégie Nationale Perturbateurs Endocriniens, conclut André Cicolella. »

C’est un appel à la mobilisation qui doit découler de l’analyse des résultats de l’étude française et non l’inverse. Le RES demande aux Ministres de la Santé et de l’Ecologie une réunion du comité de suivi de la Stratégie Nationale Perturbateurs Endocriniens pour examiner les conséquences à tirer de cette enquête.

 

Références :

Executive Summary to EDC-2: The Endocrine Society’s Second Scientific Statement on Endocrine-Disrupting Chemicals. Gore AC et al Endocr Rev. (2015)

Chapel Hill bisphenol A expert panel consensus statement: integration of mechanisms, effects in animals and potential to impact human health at current levels of exposure. vom Saal FS et al Reprod Toxicol. 2007 Aug-Sep;24(2):131-8

Etudes issues du programme NHANES de l’agence fédérale américaine CDC

Relationship between urinary bisphenol A levels and prediabetes among subjects free of diabetes. Sabanayagam C, Teppala S, Shankar A.Acta Diabetol. 2013 Aug;50(4):625-31

Urinary bisphenol A and obesity in U.S. children.Bhandari R, Xiao J, Shankar A.Am J Epidemiol. 2013 Jun 1;177(11):1263-70.

Bisphenol A and Metabolic Syndrome: Results from NHANES.Teppala S, Madhavan S, Shankar A.Int J Endocrinol. 2012;2012:598180.

Urinary bisphenol a levels and measures of obesity: results from the national health and nutrition examination survey 2003-2008.Shankar A, Teppala S, Sabanayagam C.ISRN Endocrinol. 2012;2012:965243.

Bisphenol A and peripheral arterial disease: results from the NHANES.Shankar A, Teppala S, Sabanayagam C.Environ Health Perspect. 2012 Sep;120(9):1297-300.

Urinary bisphenol A and hypertension in a multiethnic sample of US adults. Shankar A, Teppala S.

J Environ Public Health. 2012;2012:481641.

Relationship between urinary bisphenol A levels and diabetes mellitus.

Shankar A, Teppala S. J Clin Endocrinol Metab. 2011 Dec;96(12):3822-6.